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L’été de la réflexion de carrière

by Nathalie Francisci

C’est le premier weekend du grand déconfinement. Avec des amies, nous nous sommes réunies pour célébrer le passage dans la cinquantaine. Une nouvelle ère qui s’ouvre vers une vie qui se réinvente. Je leur raconte l’histoire de Johanne, l’esthéticienne qui a troqué la cire chaude pour opérer des fours en fusion dans une usine d’aluminium. Je leur parle aussi de Robert, qui a échangé son costume de financier et ses écrans Bloomberg pour se lancer comme «coach de vie», et encore de Josée, qui a refusé la promotion qui lui était offerte comme directrice de l’exploitation pour un quatre jours semaine comme gestionnaire «intermédiaire». Des exemples, j’en ai à revendre. Des changements de carrière, des virages radicaux. Des histoires de courage et de prise de risques.

Une des amies présentes me rappelle son propre virage à 180 degrés lorsqu’elle a piloté son tournant de carrière et de vie il y a quelques années. Je lui avais d’ailleurs dédié une de mes chroniques du magazine Les Affaires Plus dans les années 2000. Consultante SAP pour une grande entreprise internationale, elle a tout lâché (gros salaire, sécurité d’emploi, etc.) pour se lancer comme photographe. Elle me rappelle aussi cet autre publicitaire qui s’est reconverti en ostéopathe et ce magnat de la finance transformé en «maître yogi». L’autre amie, directrice des RH, vient de se reconvertir dans le bien-être et la gestion de la santé des employés, lassée de gérer des projets et des «activités à haut rendement». La pandémie l’a fait réfléchir sur le sens de son travail. Elle a viré radicalement. Fini les tableurs Excel et le Power BI (analyse de données). Elle anime désormais des ateliers et des programmes de bonheur et de bien-être au travail.

Pendant ce temps, le Québec s’enorgueillit de Manon Brouillette, qui prend la direction (bien méritée) d’une importante division de Verizon et qui rejoint le club des «selects» qui prennent les rênes de grandes entreprises américaines. On célèbre la nomination de l’une des nôtres en territoire ami, mais concurrent. On oublie aussi l’histoire d’une transition, d’une réflexion de carrière et de choix difficiles.

J’ai assisté à tant de transitions qui ont fait suite à des intentions divergentes de la solution : «Plus jamais un rôle exécutif»; «Je veux prendre du temps pour moi et les miens.» Puis, soudainement, je les retrouve à la tête d’une entreprise.

Le point commun de tous ces changements ? Une crise majeure, qu’elle ait été personnelle ou internationale, financière, économique, sociale ou encore sanitaire. Chaque crise est un catalyseur qui force et stimule le changement. Même pour moi, me rappellent mes deux amies. Le 25 juillet 1995, à Paris, un attentat meurtrier au métro Saint-Michel faisait huit morts. Le 10 juillet 1996, j’arrivais à Montréal en laissant derrière moi un emploi de choix, ma famille et mes amis pour recommencer ma vie.

Les choix de carrière et les départs à la retraite prématurés n’ont jamais été aussi d’actualité. La dernière année a amené les individus à se questionner sur leur vie professionnelle. Une récente publication du Harvard Business Review montrait qu’en période d’incertitude, nous avons tendance à nous protéger et à nous accrocher au «statu quo». Une sorte de myopie s’installe et nous nous concentrons sur nos décisions les plus urgentes : comment assurer la sécurité et la santé de nos familles, comment garder nos patrons heureux ou, si nous avons perdu un emploi, comment en trouver un nouveau aussi rapidement que possible ? Lorsque nous sommes dépassés par une réalité trop douloureuse, il peut être difficile de trouver le temps pour la réflexion. Les crises introduisent toutefois le temps pour la motivation et l’énergie mentale afin de réfléchir à des questions à plus long terme.

Depuis les 18 derniers mois, j’entends régulièrement : «J’ai beaucoup réfléchi depuis les derniers mois, j’ai fait mes calculs et…». Toutes ces histoires de courage et de prises de risques me ramènent finalement à l’essentiel.

Je termine la discussion avec les deux amies sur ceci : «Les êtres humains sont programmés pour éviter l’incertitude. Peu importe leurs efforts, il n’y a cependant pas moyen d’y échapper.»

Considérer l’incertitude et les crises comme des occasions de croissance, qu’il s’agisse d’explorer de nouvelles compétences, un nouvel emploi ou une toute nouvelle carrière. Il n’y a pas de réponse facile, mais retenez que «le meilleur est à venir» et que tout est une question de choix, chacun d’entre eux étant un renoncement.

De quoi méditer cet été et vous retrouver à la rentrée !

Chronique publiée sur Les Affaires

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