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SE DÉCONNECTER POUR POUVOIR CONNECTER : POUR UNE TRANSITION DE CARRIÈRE PLUS HUMAINE ET RÉUSSIE

Par Nathalie Langis, Vice-présidente et Chef de pratique, Gestion de carrière

When families disconnect, they connect. Cette phrase, tirée d’une publicité portant sur une poivrière qui permet d’éteindre téléviseurs, wi-fi, cellulaires et tablettes par une simple rotation du poignet, nous rappelle l’emprise des technologies sur nos vies. Un dîner en famille avec téléviseur, tablettes et téléphone risque de limiter les contacts entre les personnes alors qu’un dîner exempt d’appareils, où l’attention est totalement dirigée vers les membres de la famille, générera davantage de conversations, renforcera les relations et aura un impact positif émotivement et psychologiquement. Si la technologie nous facilite souvent la vie, elle nous fait aussi parfois oublier l’importance du contact humain et l’impact puissant qu’une connexion réelle, et non virtuelle, peut avoir.

Le lien avec la transition de carrière? En tant que gestionnaire d’une équipe de conseillers dans ce domaine, cette publicité m’a spontanément fait penser à la réalité du milieu. Réalité qui, dois-je dire, me désole. Ces dernières années, nous avons constaté qu’un nombre croissant de firmes en transition de carrière offrent des programmes principalement axés sur des outils virtuels, à des prix étonnamment bas. Certaines donnent accès à des entretiens individuels, exclusivement par téléphone, ce qui crée une certaine distance et fait en sorte que l’employé ne peut créer de relation de confiance avec un conseiller. Bien que les outils technologiques soient pertinents et complémentaires dans le processus, j’estime qu’ils ne peuvent remplacer la valeur d’un accompagnement individualisé, face-à-face, dans le cadre duquel l’employé se sent épaulé et en sécurité.

Pourquoi ce contact humain est-il si important dans le cadre d’une perte d’emploi? Perdre son emploi de façon non volontaire est l’un des dix événements de vie les plus stressants. Chaque personne réagit de façon différente; toutefois pour plusieurs, il s’agit d’une période émotive au cours de laquelle ils se sentent seuls, angoissés et vulnérables. Plusieurs études démontrent que le soutien social est extrêmement important dans ces périodes de stress. Cependant, la famille et les amis, malgré toute leur bonne volonté, n’ont pas toujours l’impact positif souhaité. Le conseiller devient alors un point d’ancrage important dans le processus de deuil et de « renaissance professionnelle » de l’employé.

Autre point d’ancrage essentiel… le groupe de pairs, qui tend malheureusement à être délaissé dans les programmes de transition de carrière au profit des télé-cours et webinaires de groupe, qui sont moins coûteux à administrer. Il s’agit évidemment d’une méthode de transmission d’information relativement efficace, simple et qui permet aux gens de demeurer dans le confort de leur salon, tout en apprenant les concepts nécessaires à leur transition. «  Demeurer dans le confort de son salon »…est-ce vraiment la meilleure option dans ce contexte? Je crois au contraire qu’il est important que les gens qui ont perdu leur emploi puissent sortir de leur isolement, échanger avec des gens qui vivent la même situation et les mêmes préoccupations, bénéficier d’une écoute active et d’empathie… un peu de chaleur humaine, quoi!

Au-delà de l’aspect humain, il faut aussi se préoccuper de l’efficacité réelle d’un programme de transition de carrière. L'image ci-dessus, tirée d'une étude du National Training Laboratories aux États-Unis illustre l’impact de différentes techniques de formation sur l’efficacité de l’apprentissage.


Le constat est évident : l’adulte apprend davantage au contact des autres! Les outils en ligne peuvent fournir une excellente base informative mais ne peuvent remplacer le contact humain. En effet, au cours d’une transition de carrière, la mise en œuvre des apprentissages et le passage à l’action constituent 80 % de la réussite… et passent par des échanges directs entre les personnes.

Je crois fondamentalement que le contact humain doit être au cœur d’une démarche de transition de carrière réussie. Au-delà d’une responsabilité morale de l’employeur, il est démontré que la façon dont un employeur traite ses employés « à la sortie » aura un impact direct sur la mobilisation des employés à l’interne, sur son image de marque et sur sa capacité de rétention et d’attraction. Les employeurs de choix traitent avec autant de considération les employés qui quittent que les employés qui restent. Ils auront compris qu’une connexion virtuelle ne peut remplacer la force d’une connexion du cœur, qui ne peut s’opérer que par un contact humain direct et sincère. Alors, autant pour la transition de carrière que dans la vie de tous les jours, je vous recommande de déconnecter afin de pouvoir mieux connecter!